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La Grande Muraille

 

Totalisant 6 350 km, la Grande Muraille, appelée en chinois Wan Li Chang Cheng (la longue muraille de 10 000 li), serait la seule construction humaine visible de la lune. Ce gigantesque ouvrage de défense de la Chine antique a plus de 2 000 ans d'existance. Durant l'époque des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), la Chine était divisée en états rivaux, qui construisirent des murs pour se protéger les uns des autres. Lorsque le roi Ying zheng des Qin, ayant conquis les six autres royaumes, unifia le pays, il fit relier les systèmes de défense des Yan, Zhao et Qin sur la frontière nord pour se défendre de l'attaque des envahisseurs Xiong nu. La réalisation du projet prit 10 ans. 300 000 hommes (paysans, soldats et prisonniers) furent ainsi requisitionnés, soit une cinquième de la main-d'oeuvre du pays. La Grande Muraille de l'époque partait de Lintao (aujourd'hui Minxian dans le Gansu) pour aboutir à l'est du Liaoning, en passant par la Mongolie intérieure, le Shaanxi, le Shanxi et le Hebei. Elle serpentait sur les crêtes des montagnes, sur une longueur de plus de 5 000 km.Par la suite, les travaux de consolidation et d'expansion furent accomplis tout au long des dynasties suivantes. Sous les Hans, la muraille fut prolongée vers l'ouest sur plus de 500 km, jusqu'à la Passe Jiayuguan (Gansu). Sous les Tang, les tribus nomades du nord furent vaincus et la frontière reportée plus au nord.

La muraille n'était plus la ligne frontière qu'elle avait été. Elle fut abandonnée pour un temps, son importance stratégique étant perdue. Sous les Song, la frontière fut reculée vers le sud : les deux cités de la muraille étaient alors occupés successivement par les Liao, les Jin et les Mongols.Quand la dynastie des Yuan fut renversée et les Mongols, refoulés au nord de la muraille, un des premiers soucis des Ming fut de reconstruire la Grande Muraille pour prévenir leur retour. L'empereur Taizu, dès la première année de son règne, chargea le général Xu da d'accomplir le projet. Les travaux de reconstruction duraient 200 ans. Simple remblai en loess à l'origine, une grande partie de la muraille fut batie de nouveau avec d'énormes blocs de pierre et de grosses briques. La muraille fut échelonnée de nombreux forts (tour de guet, tour d'alerte, forteresse) et crénaux de décochement des flèches. La partie que l'on en visite de nos jours fut construite à l'époque des Ming. La muraille des Ming, suivant le tracé de celle des Qin, s'étendait sur 6 350 km, en traversant neuf régions (Le Liaoning, le Hebei, Tianjin, Beijing, la Mongolie intérieure, le Shanxi, le Shaanxi, le Ningxia et le Gansu). Entre le fleuve Yalu (Liaoning) et la Passe Shanhaigun (Hebei), il ne reste rien de cette section, qui n'était formée que d'un remblai de terre. La section allant de la Passe Shanhaiguan à la Passe Jiayuguan (Gansu) est plus ou moins bien conservée, à cause de sa fortification en pierre. Haute de près de 8 m en moyenne, la Grande Muraille avait 6,5 m de large à la base et 5,8 m au sommet. Son chemin de ronde était praticable pour cinq cavaliers marchant de front. Les tours de guet permettaient une surveillance permanante de la frontière ; les tours d'alerte étaient destinées à la transmission de signaux optiques. Si l'ennemi attaquait, on faisait des singaux de fumée le jour ou allumait le feu la nuit pour donner l'alerte. Sous les Ming, les gardiens tiraient des salves encore en allumant des feux d'alarme. Le nombre des feux et salves dépendait de la quantité des assaillants : un feu et une salve pour cent attaquants, deux feux et deux salves pour cinq cent, trois feux et salves pour un millier, quatre feux et salves pour dix mille, cinq feux et salves pour dix mille, ainsi de suite.La construction de la muraille était un miracle. Cet ouvrage colossal a suscité la verve de voyageurs européens.

On lit dans le "Voyage autour du monde" du Comte de Beauvoir (1867) un court passage suivant: "Ce spectacle est souverainement grand! Quand on songe que des hommes ont construit tant de murs, sur des points parraissant inaccessibles, comme pour opposer à la voie lactée, au ciel, une voie murée sur les cimes, on croit à un rêve... Oui, assurément, ce serpent de pierre fantastique, ces créneaux sans canons, ces meurtrières sans fusils... resteront dans mes souvenirs comme une vision magique."Seules quatre sections de la muraille, soit les plus remarquables à Beijing, sont ouvertes au public : Badaling, Mutianyu, Jinshanling et Simatai. La longueur totale de la muraille de Beijing atteint 629 km, avec 827 terrasses, 71 cols et chateaux forts.

Badaling comprend une section de la Grande Muraille et une forteresse, appelée la Passe Juyongguan. La passe, formée de deux cols: Nankou dans le sud et Badaling dans le nord, est située dans une vallée étroite de 20 km entourée de hautes montagnes, qui est la seule route entre la plaine centrale et le plateau du nord-ouest. Le col Badaling était l'avant-poste de la passe. Plus élevé que Juyongguan, il constituait une position stratégique importante pour la défense de la passe. Sous les Ming, cinq à six mille soldats y étaient stationnés en permanance. Du haut de Badaling, on aper?oit à l'ouest des restes des terrasses et quelques tron?ons de muraille en loess. Ces terrasses étaient à l'origine des fortins installés là pour déféndre Balading. Les murailles en loess constituaient la ligne de défense de ces avant-postes. Plus loin, au nord du chemin de fer, se dresse une place forte qui servait de poste de commandement de l'avant-poste de Badaling. Construite en 1571, elle était batie en briques et haute de 10 m avec une circonférence de plus d'un km.La Passe Juyongguan est célèbre pour la belle porte de son bourg. Celle-ci est une construction en pierre, d'époque mongole. Son plan est carré, sa partie supérieure étant jadis surmontée d'un stupa. Il n'en reste aujourd'hui que la base: une simple terrasse entourée de balustrade, appelée "Terrasse des Nuages." Jadis, la route Pékin (Beijing)-Kalgan (Zhangjiakou) passait sous la porte, d'où le nom qui lui avait été donné: Guo jie ta "la tour enjambant la voie."

La terrasse est une construction en pierre, en forme de trapèze, ornée de têtes de dragon à ses quatre angles. Un passage est percé au centre sous la terrasse. La partie la plus belle de la porte est le passage proprement dit. La vote à pans coupés de la porte est décorée de bas-reliefs en marbre représentant les éffigies du Bouddha et notamment les quatre Gardiens célestes très vivants, ainsi que des éléphants, dragons en spirales, roi-dragons à sept têtes et phénix à ramage d'or. Les inscriptions en six langues (le sanskrit, le tibétain, le tangout, l'ou?gour, le mongol et le chinois) sont gravées sur les parois de droite et de gauche, dans l'espace vide entre les gardiens célestes.Le plafond de la vo?te est orné de nombreuses petites statues de bouddhas et de cinq motifs circulaires de stramoines entourant des portraits de bouddhas. Ses bas sont décorés de motifs floreux variés, gracieusement exécutés et très vivants. Située à plus de soixante-dix de km au nord-est de Beijing, la section de Mutiayu de la Grande Muraille est embrassée par les arbres touffus.

Elle dispose de 15 forteresses à deux étages et une tour d'alarme. La section a été ouverte au public en 1985. Une téléphérique y a été mise en place pour faciliter l'escalade des touristes.Construite sur des montagnes escarpées, la section de Simatai donne l'impression de péril. Elle est divisée en deux par un réservoir. La partie est dispose de 16 forteresses et l'autre, de 18. Les deux forteresses sont distantes l'une de l'autre de 15 à 16 mètres. La section possède plusieurs fortesses très perilleuses: l' "échelle du Ciel", le "pont du Ciel", la "pagode de Wanjing", "la pagode des Fées."Du haut de la pagode de Wanjing (regarder Beijing), batie sur l'abrupt à 1000 m d'altitude, on a la vue panoramique de la ville de Beijing. Etant la meilleure section de la Grande Muraille, elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO. Les touristes peuvent prendre la téléphérique pour y monter.La section de Jinshanling se dresse à une dizaine de km au sud-est du col de Gubei (province du Hebei.) Serpentant sur des montagnes, elle rassemble presque toutes les formes de construction de la muraille des Ming. Sur 10 km de muraille, on compte 76 forteresses. Ce site pittoresque est en cours d'amènagment.

 

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